Zones commerciales : les parkings au-delà du stationnement
Ces vastes étendues goudronnées ne cacheraient-elles pas un panel d’usages bien plus riche qu’il n’y paraît ?
25/06/26
Au premier regard, un parking de centre commercial semble n’être qu’un simple espace de stationnement et de passage. On y gare sa voiture, on traverse rapidement quelques mètres, puis on disparaît derrière les portes automatiques d’un magasin ou d’une galerie marchande. Mais ces vastes étendues goudronnées ne cacheraient-elles pas un panel d’usage bien plus riche qu’il n’y paraît ?
Cette question est rapidement devenue récurrente dans le cadre de l’étude de requalification des zones commerciales de Tours Nord et de la Vrillonnerie (Chambray-lès-Tours). Afin d’y répondre, un travail d’observation des usages a été mis en place sur les deux sites.
Qu’est-ce que l’observation des usages ?
L’observation des usages consiste à s’intéresser aux déplacements, aux appropriations et aux détournements d’un lieu (et des éléments qui le composent) par les personnes qui le pratiquent. Comme l’explique le rapport Espace public : méthodes pour observer et écouter les usagers, publié en 2020 par le Cerema, « on observe simplement les usages sans prétendre juger s’ils sont bons ou mauvais, appropriés ou non ».
L’objectif est ainsi de comprendre comment les individus investissent concrètement un espace, au-delà des fonctions qui lui ont été initialement attribuées.
Dagorn N., Parking du Auchan de Chambray, avril 2026, photographie numérique, ATU.
Avant d’entrer dans le cœur du sujet, il est important de rappeler que cette démarche s’inscrit dans une étude plus large de requalification des zones commerciales de Tours Nord et de la Vrillonnerie à Chambray-lès-Tours. Cette étude a été rendue possible grâce à la candidature de Tours Métropole Val de Loire au Plan de transformation des zones d’activités commerciales (AMI), piloté par l’Agence Nationale de la Cohésion des Territoires (ANCT), la Direction Générale des Entreprises (DGE) et la Direction Générale de l’Aménagement, du Logement et de la Nature (DGALN).
Le travail d’observation des usages s’articule autour de la problématique suivante : comment les usages, les dynamiques d’occupation et les perceptions des usagers révèlent-ils le fonctionnement réel des espaces extérieurs des centres commerciaux situés au sein des ZACOM (zones d’activités commerciales) ?
Cette étude se concentre sur les espaces extérieurs entourant ces « mastodontes » du commerce que sont les centres commerciaux. Deux ensembles commerciaux ont été retenus comme terrains d’étude : les hypermarchés Auchan de Tours Nord et de Chambray-lès-Tours.
Hérités de la seconde moitié du XXe siècle, ces équipements sont composés d’un hypermarché et d’une galerie marchande. Leur analyse permet d’interroger les occupations de l’espace, les usages et les représentations qui se déploient dans leurs espaces extérieurs.
Dagorn N., Parking du Auchan de Chambray, avril 2026, photographie numérique, ATU.
Ainsi, le premier objectif est de comprendre les dynamiques d’occupation (intensité, durée, répartition, modes et logiques de déplacement). Pour cela, des données de fréquentation issues de MyTraffic sont mobilisées et croisées avec un travail de photographie fixe, réalisé à différents moments de la journée depuis des points d’observation identiques. Cette approche est complétée par des campagnes de comptage de paniers ainsi que des usagers puis par une cartographie de leurs déplacements.
Le second objectif consiste à analyser les usages existants : quelles activités se déroulent dans ces espaces ? Comment les visiteurs se les approprient-ils ? Existent-t-ils des conflits d’usages ou des pratiques inattendues ? Là encore, la photographie se révèle être un outil particulièrement pertinent pour documenter les actions observées, les déplacements ou encore les temps de pause. Ces usages sont aussi retranscrits sur des cartes afin d’identifier les logiques d’implantation, les récurrences et les éventuelles concentrations de pratiques.
Quand on cherche à en apprendre plus sur un lieu, il ne faut pas uniquement observer ce qui s’y passe. Il est nécessaire de prendre en compte la perception qu’en ont les usagers.Dans cette perspective, notre dernier objectif consiste à mener des enquêtes auprès de ces derniers. Leurs témoignages permettent de saisir leurs ressentis, leurs expériences et leurs attentes, complétant ainsi les observations de terrain et offrant une lecture plus fine de ces espaces et de ce qu’il s’y passe.
Dagorn N., Avenue André Maginot (haut) et Parking du Auchan de Tours Nord (bas), avril 2026, photographie numérique, ATU.
Pour conclure, à travers ce travail minutieux d’observation et d’enquête, les parkings, les galeries commerciales, les terrasses et les rues voisines cessent d’être de simples infrastructures ou espaces publics fonctionnels. Ils deviennent des lieux de vie, traversés par des habitudes, des stratégies de déplacement, des usages quotidiens et des expériences individuelles.
Car derrière chaque place de stationnement occupée, chaque vélo garé, chaque trajet à pied ou chaque pause sur un plot en béton se cache une expérience de ces lieux. Ensemble, ces fragments du quotidien dessinent une image plus juste de la manière dont fonctionnent réellement les zones d’activités commerciales aujourd’hui et nourrissent les réflexions pour imaginer leur transformation de demain.
Dagorn N., Fanny Chenu (ATU) réalisant des questionnaires dans la galerie du Auchan de Chambray-lès-Tours, avril 2026, photographie numérique, ATU.
L’observation des usages vient ainsi compléter le diagnostic de l’existant réalisé dans le cadre du Plan de Transformation des Zones d’Activités Commerciales en s’intéressant aux pratiques effectives des espaces : parcours, modes de déplacement, fréquentations, occupations et appropriations informelles. Cette approche permet de mettre en lumière les éventuels écarts entre les espaces conçus et les espaces vécus, tout en révélant des besoins, des attentes et des potentiels d’amélioration. Elle constitue ainsi un outil précieux pour nourrir la réflexion et orienter les projets de transformation de ces sites. Les résultats de cette étude feront l’objet d’une publication en juillet 2026.
Dagorn N., Entrée ouest de la Petite Arche, mai 2026, photographie numérique, ATU.